Avec plus de 35 ans d'expérience en tant que producteur, compositeur et ingénieur du son, Todd Underwood sait exactement comment mettre en scène la musique artisanale. Son nouveau single « The New Normal », qui fait office d'ouverture puissante de son album « Not Enough – The New Normal », est pourtant bien plus qu'un simple morceau de rock techniquement solide. Le multi-instrumentiste américain utilise ce titre pour une réflexion profonde, presque existentielle, sur le paysage musical moderne. Sur le plan stylistique, le morceau évolue à l'intersection dynamique du math rock, de l'emo et du pop-punk énergique, porté par une production dense et percutante qui reflète de manière audible les décennies d'expérience en studio d'Underwood.
Musicalement, la chanson séduit par une interaction précise entre des lignes de guitare complexes et une section rythmique entraînante. L'introduction surprend par un riff filigrane, presque mathématique, avant que l'arrangement n'éclate en un hymne rock explosif et mélodique. Cette dynamique sonore se reflète également dans le concept visuel de la pochette. L'illustration montre un verre vide, posé à la verticale sur une surface réfléchissante, entouré de tons gris froids, presque stériles. Il symbolise un vide intérieur et la question de ce qui reste lorsque l'essentiel est retiré – une métaphore visuelle qui s'harmonise parfaitement avec l'orientation thématique de la chanson.
Sur le fond, « The New Normal » s'oppose avec véhémence à la marginalisation croissante de la créativité humaine par l'intelligence artificielle. Underwood ne mène pas ici un débat théorique, mais décrit l'évolution technologique comme une attaque directe contre l'identité artistique. Dès la question d'introduction « What makes me me ? », l'individu humain est placé au centre de l'attention. Lorsque la suite du texte décrit comment l'âme est transférée dans une machine (« ...put it in a machine »), le musicien dresse le portrait sombre d'une technologie qui non seulement copie, mais remplace totalement les expériences personnelles et les émotions. La ligne récurrente « Getting us all used to the new normal » fait office d'avertissement pressant contre une acceptation sociétale insidieuse de cette évolution.
À la fin, il reste une protestation hautement émotionnelle, qui acquiert une urgence énorme grâce au travail de guitare explosif et au chant passionné. Underwood ne condamne pas la technologie de manière générale, mais invite l'auditeur à reconsidérer la valeur de la force créatrice humaine. « The New Normal » est ainsi une déclaration percutante et musicalement exigeante, qui pose la question de savoir si la rapidité et l'efficacité pourront un jour remplacer l'âme de l'art véritable.